Phixès errait sans but dans les ruelles d'une ville de la Grande Grèce, le regard distant, songeant au massacre qui avait eut lieu quelques temps plus tôt... Une odeur ferreuse emplissait l'air et pour cause : Rome venait à peine d'être dévastée...
Comment aurait il pu rater un si beau spectacle ? La terreur qui émanait de la populace de cette ville était telle, qu'il semblait qu'un nuage se soit formé emportant jusqu'au porte de son temple cette sensation si particulière... Sa curiosité attisée, il s'était immédiatement décidé à partir, pour rejoindre le continent et s'approcher petit à petit de son but. Pas trop vite, pas trop tôt afin de s'imprégner au mieux de ce délice. C'est pour cela qu'il était partit seul, sans son frère qui n'aurait pas comprit de toute façon sa fascination viscérale.
A présent qu'il flânait parmi les rues, les mains croisées dans le dos, un mince sourire cynique sur les lèvres, inspirant chaque fois comme si cela avait été la dernière... Qui pouvait bien être l'auteur de cet événement ? Un génie sans doute, un artiste... Oui, une lueur perfide brillait dans son regard, un artiste incompris de tous, sauf de lui.
Arrêtant ses pas, devant une petite fontaine limpide qui coulait sans bruit, Phixès regarda l'horizon, il était temps d'aller admirer ce chef d'œuvre à présent qu'il était suffisamment imprégner de cette douceur.
De Rome, prospère et majestueuse, il ne restait rien, rien, hormis un champs de ruine poussiéreux. Un sourire plus grand encore apparut sur ses lèvres, tandis qu'il ouvrait grand les bras accueillant la splendeur des lieux, comme un avènement attendu.
« Rome, délicieuse Rome, tu ne m'as jamais autant paru si séduisante qu'à cet instant. »
La misère s'étendait devant ses pieds, mais lui ne la voyait pas, il ne faisait que sentir la terreur des âmes, les coeurs serrés, les estomacs noués, la détresse dans le regard, dans l'attitude, dans les esprits. Il était un peu le maitre de ces lieux, marchant avec grâce et prestance parmi les âmes paniquées... Dans chacun des regards qui croisait le sien, il ne distinguait que la terreur, une terreur indicible, peut être bien plus grande que celle qu'il avait pu lui dans les yeux des hommes sur les champs de bataille, pour la bonne et simple raison que le malheur était venu les frapper jusque dans leur foyer, sans crier gare, sans le moindre avertissement, sans distinction aucune...
De part et d'autre, il entendait des cris, des hurlements, des pleurs sans fins qui se mêlaient aux râles d'agonie, la plus douce des mélodie, la plus parfaite des symphonies... Celui qui jugeait en mal l'auteur de cette merveille était un insensible... Seuls les poètes pouvaient comprendre ce qu'il ressentait en cet instant. Cette toute puissance, cette invulnérabilité, ce plaisir infini à lire la terreur dans les yeux et le cœur de ceux qu'il rencontrait.
La rue, semblait ne pas avoir de fin et les minutes, s'écouler au ralentit. Tout était parfait, tout était splendide, tout était merveilleux.
C'est alors, qu'il l'avait croisée. Seule, devant les ruines d'une demeure effondrée, vêtue d'une légère tunique, les cheveux longs et tressés, et cette lueur dans le regard... Phixès s'était arrêté, intrigué par ce qu'il venait d'apercevoir, l'espace d'une seconde à peine, dans le regard de cette jeune et jolie inconnue. Car dans ses prunelles d'un bleu limpide, il n'y avait pas une trace de peur, pas une trace de panique, aucune terreur, pas même de l'effroi. Etait elle insouciante, ou bien inconsciente ?
Le général de l'armée d'Arès ne s'était pas plus appesantie sur ses réflexions et il s'était approché... Ses longs cheveux roux lâchés, ses traits fins, son charisme saisissant avaient fait de lui un séducteur invétéré qui aimait s'entourer des plus charmantes créatures. Les femmes et leur peau parfumée, leur douceur naturelle, leur bestialité insoupçonnée... Le mystère féminin dans toute sa splendeur, cela l'intriguait depuis toujours.
Aussi, après avoir soupiré d'aise et de satisfaction devant ce nouveau trésor qui s'offrait à sa vue, il décida de s'approcher d'avantage, se glissant derrière elle, il murmura dans un souffle à son oreille.
« Pourquoi tant d'allégresse dans un instant aussi funeste ? »
Le parfum de rose s'échappa de sa peau, tel un nectar précieux, la jeune créature s'était retournée, surprise par cette présence qu'elle pensait encore si loin d'elle, quelques mèches épars glissaient avec harmonie sur ses épaules dénudées.
Leur regards s'étaient croisés, elle avait rougit, sans rien dire de plus...
« Ne connais tu pas la peur ? »
Ce dernier mot avait provoqué chez son interlocutrice un frisson qu'il avait immédiatement distingué, sur sa peau fine et délicate... Pourtant ce frisson n'était pas empreint de peur, juste intrigué, curieux, charmé. Un frisson fébrile, telle une caresse.
Le général n'ajouta rien, il se contenta d'enserrer de ses bras puissant la jeune femme qui s'était laissée faire, happée par son regard.
Lorsque sa course s'arrêta, il se trouvait au bord d'une falaise, sa protégée installée paisiblement dans ses bras protecteurs, envoutée par son aura magnifique. Il ne la relâcha pas, se contentant d'approcher un peu plus encore du bord escarpé duquel, on pouvait admirer les rochers émergés, battus par les flots incessants de la méditerranée. Ses lèvres s'approchèrent à nouveau du creux de son oreille, chatouillées par ses mèches folles.
« As tu déjà connu la terreur ? As tu déjà été paralysée par la peur ? Un mot, un geste de ma part, et ta vie prend fin au pied de cette falaise... »
La jeune femme avait resserré son étreinte autours du cou de cet être aussi fascinant qu'irréel, mais toujours aucune peur. Un rictus apparu, tandis que sans ajouté une parole, le général avait fait basculer son corps dans le vide.
Autours de lui, l'air défilait à une vitesse folle, la chute rapide les menait résolument vers ces pics acérés, et pourtant, cette jeune vierge avait fermé les yeux, goutant pleinement à la sensation de chute. Ni peur, ni panique, ni terreur. Qu'un puissant sentiment de liberté et de vertige.
Un véritable mystère.
A quelques centimètres du sol, le cosmos puissant du général se révéla, atténuant la chute, adoucissant leur retour sur la terre ferme. Sans difficulté, il l'avait ramené sur la plage de sable fin, sans pour autant qu'elle n'ait encore rouvert les yeux. Il la déposa avec délicatesse, obligeant son regard à croiser le sien.
« Quelle étrange créature qui se présente à moi... Un être de chair et de sang, sans crainte et sans peur... Mais qui es tu donc ma belle amie ? »